Mounia Youssef, the Flash Master !

La première fois que je l’ai rencontrée c’était à un défilé de mode, elle n’était pas là pour les flashs. C’était elle, le flash. Je l’ai observée pendant longtemps, subjuguée par son style et ses allures de bad girl snob, i don’t care if you don’t love me. Quelques mois plus tard, quand notre équipe a voulu l’interviewer, elle nous a juste étonnés en disant ceci : C’est sûr que vous faites erreur, je ne corresponds pas à votre ligne éditoriale…

Je connaissais son travail; ses clichés ont toujours eu sur moi, un effet “i don’t know how to explain”, à la fois intriguant et captivant… Elle est libano-togolaise, elle est photographe; son nom d’artiste : M’Blink. M pour son prénom Mounia et Blink comme le clin d’œil, comme le bruit du flash !

Mounia Youssef, the Flash Master !

Mounia YOUSSEF est notre Fashion Model de Mai. ModernEtChic, l’a interviewée pour vous. Elle se dévoile ici, en toute transparence… Say hello, to the Flash Master !!!

Qui es-tu ? Parles-nous de toi, dis nous tout…

Je m’appelle Mounia Youssef, je suis libano togolaise; mon nom d’artiste c’est “M’Blink Fotos”. Je suis photographe depuis au moins 6 ans maintenant et je fais aussi du graphic design. Je suis journaliste audiovisuelle de formation, j’ai fait mes classes à ISMA Fidjrossè et j’évolue au Bénin.

Comment es-tu venue à la photographie? Raconte-nous…

Comment je suis venue à la photographie, c’est de fil en aiguille en fait. Au cours de ma licence en journalisme audiovisuel, j’allais en stage chaque fin d’année. C’est au cours de ces stages, que je me suis rendue compte que je voulais changer de carrière. Je voulais certes finir cette formation et avoir mon diplôme, mais j’avais envie de faire autre chose.

L’image m’a semblé un domaine dans lequel je pouvais m’épanouir beaucoup plus. On y avait plus de liberté d’expression tant dans l’édition des photos, que dans la manière de traiter le sujet. Je me suis dit: je ne vais pas faire de la vidéo, mais plutôt de la photo. Il n’y avait pas beaucoup de photographes à l’époque, c’était plus réservé à l’ancienne génération.

Mounia Youssef, the Flash Master !

As-tu suivi une formation ? Où as-tu appris pendant tout ce temps ?

Je n’ai pas suivi de cours particulier, je suis autodidacte, j’ai appris sur internet et je me suis améliorée au fur et à mesure. Mes études en journalisme audiovisuel m’ont aidé, parce que le cadrage vidéo s’apparente au cadrage photo. A l’école, j’ai appris la base de la photographie argentique, j’ai appris sur internet et j’ai aussi fait du multimedia design au Ghana. J’ai fait des stages photos à Accra et j’ai appris auprès des grands tels que Steven Adusei, Capture Ghana etc.

La connaissance est partout, il faut juste savoir la capter. Click To Tweet

Comment te définirais-tu concrètement ? Qu’est-ce qui te différencie des autres personnes dans le métier ?

Ce qui me différencie des autres, c’est sûrement ma minutie. Je peux reprendre plusieurs fois un même plan, jusqu’à avoir le bon angle. C’est au degré près, ça peut embêter le modèle ou le client, mais c’est moi quoi.

Lorsque j’accepte de faire une prestation, je veux la faire de la meilleure manière possible. Je fais très attention aux détails, aux angles, de sorte à faire ressortir au mieux la beauté du modèle. Et ça c’est très important pour moi : pouvoir capter le beau !

Quand j'ai quelque chose dans la tête, je veux l'avoir. C'est important ! Click To Tweet

Mounia Youssef, the Flash Master !

Quel est ton avis sur le milieu de la photographie professionnelle au Bénin ?

Moi j’adore la photographie béninoise, elle n’est pas comme il y a 5 ans. J’ai eu une période d’absence de 2 ans, pendant laquelle la photographie béninoise a pris son envol. Aujourd’hui, je pense qu’on a de la compétence localement pour faire des éditos, des covers, de l’événementiel, etc. Il y a des gens qui font beaucoup d’efforts; des gars dont je suis fan. À chaque fois quand j’en ai l’occasion, je le dis. La vision même qu’on a de la photographie au Bénin a beaucoup évolué et ça fait plaisir. Ce n’était pas gagné d’avance !

Comment penses-tu qu’on pourrait améliorer la photographie de mode, afin de promouvoir nos créations locales ?

Je pense qu’il faudrait déjà faire évoluer la photographie, créer des écoles, des studios. Cela revient à permettre à celui qui n’a pas un studio, de pouvoir en louer un, à prix raisonnable pour qu’il puisse rentabiliser. Cela revient également à permettre aux jeunes qui veulent se lancer dans la photographie, de pouvoir s’exercer au besoin; faciliter l’accès au matériel, la maintenance du matériel etc.

C’est toute l’industrie qu’il faudra améliorer; plus de disponibilité de la part des modèles aussi. C’est sûr qu’en améliorant ces secteurs, les créations locales seront mieux promues. C’est un travail collectif !

Quels sont tes objectifs à moyen et à long terme ?

Je veux faire de la photo, de la belle photo. J’aime les éditos, les portraits; les beauty shots. C’est mon genre, je m’y sens plus à l’aise. Je veux pouvoir continuer cela, m’améliorer dans mon travail. Dans certains pays comme le Nigéria, il y a toute une industrie de magazines, de webzines, où il y a des commandes d’éditos, de covers, etc. Ici au Bénin, le marché n’est pas encore si développé; mon objectif c’est de pouvoir mieux m’exprimer dans ce que j’aime faire et de pouvoir mieux gagner ma vie.

Je ne veux pas devenir la meilleure photographe du monde entier; je veux laisser une belle trace ! Click To Tweet

Mounia Youssef, the Flash Master !Quel est l’héritage que ton métissage culturel t’a laissé ?

Je suis d’origine libano togolaise, mon père est libanais et ma mère togolaise; mais mon métissage culturel va encore plus loin que cela. Je crois qu’on va blâmer le hip-hop, les médias, la musique; toute cette influence extérieure qui change notre manière de concevoir les choses. Ce n’est déjà pas facile d’être métisse, il y a toujours une recherche identitaire dans tout ce qu’on fait.

Quand j’étais enfant, j’habitais à Lomé avec mon papa et ma grande sœur, on vivait tout simplement. On savait pas si on était blanc ou noir, pour nous ça importait peu. Ce sont les gens qui nous l’ont fait comprendre avec des “yovos yovos”; quand on était avec des amis blancs, eux ils nous voyaient en black… C’était tout le temps une bataille dans la tête, je ne savais pas exactement d’où je venais, à quel “clan” j’appartenais. C’est avec le temps que je me suis rendue compte que ce n’était qu’une carapace; et que ce que les autres pensent n’engage qu’eux.

C'est toujours un challenge d'être métisse, le choc des cultures peut être pesant ! Click To Tweet

J’ai appris à en tirer le meilleur tant dans mon travail, que dans mes relations avec les autres.

Mounia Youssef, the Flash Master !Que représente le mouvement nappy pour toi ?

C’est une grande source d’inspiration pour moi; je suis nappy depuis que je suis née. J’ai lutté pour le rester, à l’époque on ne savait pas coiffer les cheveux crépus, voire métissés. Ça me fait plaisir d’aller à des rencontres nappy aujourd’hui, et de voir pleins de personnes qui assument leur crinière. J’ai déjà eu à travailler sur la thématique nappy (via mon projet We are nappy) et je crois que je le referai encore. C’est très inspirant !

Il faut aller plus loin encore et ne pas voir le fait d’être nappy, uniquement comme un phénomène de mode. Le jour où en tant qu’africain, nous irons plus loin dans la découverte de notre histoire, ce sera un pas décisif dans notre développement en tant que peuple et en tant que continent.

Comment fais-tu pour rester si discrète et solitaire dans un univers, où  les relations et l’image sont si importantes ?

Quand on me pose ce genre de questions, je pense toujours à une ex amie, que je ne citerai pas (elle se reconnaîtra). Elle a brisé mon cœur du jour au lendemain, je l’aimais beaucoup. C’était en quelque sorte ma meilleure amie, mais tout s’est arrêté sans raison. J’ai dû me créer une armure, pour me protéger. Personne n’aimerait se retrouver dans une situation pareille; chat échaudé craint l’eau froide dit-on. Je n’aime pas être seule, mais je trie les gens. La solitaire c’est juste une facette, mes amis savent qu’ils peuvent compter sur moi.

Et puis, je ne suis pas si solitaire que ça, j’ai quelques amis, des collègues de travail. Comment je fais, je ne sais pas. C’est la vie qui vous fait ça, c’est la vie qui vous conditionne. Je suis photographe, je ne suis pas une super star non plus. C’est mon travail qui parle pour moi.

Mounia Youssef, the Flash Master !

Est ce que la mode est vue de la même façon aussi bien devant, que derrière l’objectif ?

Je pense pas, c’est vrai que je ne suis pas modèle. Poser pour ModernEtChic était magnifique par contre, j’ai pris du plaisir. Quand je suis derrière la caméra, je suis plus directive; derrière l’objectif on voit des choses que le modèle ne voit pas.

Lors de la séance avec mon collègue Darios, j’étais dans la peau du modèle. J’ai eu une certaine marge de manœuvre qui m’a fait plaisir; le décor, l’équipe j’ai beaucoup aimé. Etre devant la caméra pour une fois, c’était fun et magique. Je pouvais anticiper et imaginer ce qu’il voulait capter.

Seule femme photographe pro connue au Bénin, cela te rend t-il plus importante que tes collègues du domaine ou dois-tu te battre plus fort, afin qu’ils te considèrent comme égale à eux ?

Non, on est fair play. C’est comme le slogan du jeu FIFA : “my game is fair play” . Qui gagne, gagne et qui perd, perd. Chacun a sa manière de traiter les sujets, chacun a son style. Après, c’est le client, le public qui choisit. Je ne me sens pas plus importante qu’autrui.

Si j’ai des préférences de techniques parmi mes collègues, ça oui. Mais me sentir meilleure, pas vraiment. C’est mon travail, le plus important. J’aime les challenges, j’aime les rendus magiques tirés d’un décor à première vue banal. Est-ce que mes collègues hommes me considèrent comme égale à eux ? Ça, c’est à eux qu’il faudrait demander par contre !

Mounia Youssef, the Flash Master !

Quel est le nom de ton chat préféré ? Et pourquoi les aimes-tu autant ?

Le nom de mon chat préféré; les gens risquent de penser que je suis une mamie qui parle aux chats 

J’en ai deux : Caramel et Sugar; ce sont mes animaux de compagnie. Ils sont cools, ils veulent juste manger et des câlins; ils ne demandent rien. Je suis plus proche de Caramel, c’est un cadeau d’un proche. Mais je les aime tous les deux. Ils sont sympas, ce sont de bons compagnons ! On dit que les chats ont 7 vies, vu que j’en ai ai deux, ça fait donc 14 vies. Si on considère qu’ils gardent chacun une vie , cela veut dire que j’ai 13 vies

N’as-tu pas peur d’être rejetée en étant trop directe avec les gens ou est-ce une façon de trier ton entourage ?

Vous savez, dans la vie on dit lorsque tu connais tes défauts, tu t’améliores. C’est vrai que je suis très directe; certains aiment, certains n’aiment pas. Si j’ai peur d’être rejetée ? Non, je n’ai pas peur de m’excuser quand j’ai tort, je n’ai pas peur de m’excuser quand j’ai été trop directe dans certaines circonstances avec des mots inadéquats. Je trie les gens au feeling.

Je ne suis pas snob, je n'aime pas la bêtise. C'est différent ! Click To Tweet

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Depuis toute petite, j’ai toujours eu un visage fermé.

Mon expression faciale peut tromper, mais ça n’a rien à voir avec ma nature. Je suis directe, je ne mâche pas mes mots. Je suis désolée si des fois, ça blesse.

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Quels sont les choix que tu regrettes avoir fait à tes débuts et quels conseils donnerais-tu à des aspirant(es) au métier de photographe ?

Je n’ai pas vraiment de regrets, j’ai suivi mon parcours étape par étape. Par contre j’abusais du contraste dans mes retouches, c’était abusé ! Heureusement j’ai appris au fur et à mesure; au début je n’y connaissais pas grand chose, c’était normal. Mais non, je n’ai pas de regrets, ce n’est pas de ma nature d’en avoir; à l’exception près.

Le conseil que je pourrais donner aux aspirants photographes, serait d’apprendre à comprendre comment la caméra fonctionne, il faut quitter l’automatique et passer en manuel. Il faut pas faire les choses, sans savoir pourquoi on le fait. Quand on comprend ce qu’on fait, on fait mieux. Savoir faire la différence entre l’ISO, la température des couleurs, la différence entre le rendu en automatique et en manuel, etc. Il faut se documenter, faire des recherches personnelles, faire des tests.

Parle nous de ton style ? Quels sont les indispensables de ta garde robe et pourquoi ?

Mon style vestimentaire je ne sais comment le qualifier. Je porte assez de vêtements amples, j’aime le layering, c’est du fait de ma morphologie. Je n’ai rien à montrer donc je superpose pour créer du volume. Dieu m’a faite comme ça quoi !

Mes indispensables, ce sont les chemises en jeans, les tuniques, les salopettes, les joggers; j’adore les vêtements oversize. J’adore les mixer dans une logique à la fois stylée et pratique. Je suis très casual, j’aime pas le superflu !

Mounia Youssef, the Flash Master !

Quelle est la signification de ton tatouage dans le dos ?

Dans mon dos, il y a la clé de vie au milieu, l’œil de Ra et l’œil d’Horus; c’est en rapport avec la mythologie égyptienne. Je crois à la vie après la mort, je crois qu’une fois qu’on disparaît, il y a un autre processus qui s’enclenche.

A l’époque je voulais faire un tatouage, je voulais quelque chose d’africain et qui soit en rapport avec mes croyances personnelles. Sur mon bras, j’ai des motifs Ashanti; c’est ghanéen et aussi en rapport avec la culture africaine.

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Quelles réactions suscitent tes tatouages et tes piercings ? Comment le prends-tu généralement ?

Généralement les gens ont peur quand je touche à mes piercings de l’arcade sourcilière, ils s’imaginent que ça fait mal et c’est très drôle. Mes piercings je les ai fait juste après avoir eu mon Bac, c’était pour moi, un moyen d’exprimer ma liberté, mon indépendance. Aujourd’hui, ils font partie intégrante de mon style. Pour ce qui est de mes tatouages, c’est ma manière de vivre ma spiritualité et ma culture.

Mes tatouages et mes piercings restent un bon sujet de discussion, la plupart du temps les gens s’en servent pour m’aborder et c’est sympa. Ailleurs cela pourrait être considéré comme “pas normal”, ou “racaille”, mais personnellement je n’ai pas ce problème; je me sens bien et même en famille ça ne dérange pas.

Mounia Youssef, the Flash Master !

La mode au Bénin, qu’est ce que tu en penses ?

Tout le monde essaie de faire quelque chose, du coup ça revient à faire la même chose; tout le monde se ressemble : du wax. Alors qu’il y a d’autres matières; je pense que les stylistes béninois doivent sortir et faire des découvertes. Il y a de belles choses, mais on devrait faire plus de recherches, explorer des pistes autres que le wax; un textile qu’on ne fabrique même pas en plus.

Quel est le montant du plus gros cachet que tu aies touché en tant que photographe pro ?

J'ai déjà touché plus d'un million pour un job. Click To Tweet

C’était un bon client, une belle collaboration.

Quelle est ta plus grande peur ? Pourquoi ?

Ce serait de perdre ceux que j’aime; ma famille, mes proches. Je n’ai pas peur pour moi, la mort ne me fait pas peur. Mais j’ai peur pour mes proches par contre; je tiens à eux et j’ose pas imaginer ma vie sans eux.

C’était beau d’interviewer Mounia YOUSSEF, cette ambiance, le shooting, les échanges et les découvertes. C’est le genre de personnes qui à priori peut paraître très inaccessible, mais qui au fond est très humaine, sensible et fun ! Suivez ses travaux sur sa page professionnelle juste ICI.

Mounia Youssef, the Flash Master !

Photographe : Darios Tossou

Make Up : Krishna HDN

Direction Artistique : Mounia YOUSSEF, Estelle Gloria

Assistant : Morel AGUIAR

Questions : MC Squad

Covers : Anselme ANAGO

Lieu : PLM Aledjo, Cotonou

 

 

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