Ronald AGBAZAGAN : Black and Classy!

La première fois que je l’ai rencontré son sourire m’a fait fondre, je voulais discuter mode avec lui. Il ne le savait sûrement pas, mais je savais déjà que je voulais l’interviewer…Il avait son piercing, son petit air à la fois malicieux et déterminé. Puis je l’ai vu défiler, il avait ce truc que je vois rarement ici: le professionnalisme. Il est noir, il est beau, il est grand et si humain, discret et gentil. Je lui ai couru après pendant un an, finalement je l’ai eu!

Le fashion model du mois de Novembre s’appelle Ronald AGBAZAGAN et il est Béninois. Je l’ai cuisiné pour vous, c’est épatant à quel point son parcours est inspirant. Prenez, c’est cadeau !

Ronald AGBAZAGAN : Black and Classy!

Qui es tu ? D’où viens tu ? Parles nous de toi…

Je suis Ronald AGBAZAGAN, je suis béninois, originaire de Porto-Novo. Je suis mannequin professionnel et je fais 1m90 pour 80 kilos.

Comment es tu venu au mannequinat, comment ça a commencé ?

Mon frère aîné a toujours pensé que j’avais un corps de mannequin. Il l’a dit un jour à ma mère en ma présence; il croyait que je dormais. Cela a fait un tic dans ma tête, c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à ce milieu. J’aime les voyages, j’aime rencontrer de nouvelles personnes, partager leurs visions et cultures. J’ai compris très tôt que ce métier me permettrait de vivre de mon hobby. J’étais à fond, je voulais réussir.

J’ai commencé avec les défilés au collège, c’est allé très vite. Il y a eu la première édition du FESMMA, le concours Black Models Awards en 2009 où j’ai reçu le troisième prix. En 2011, je me suis booké moi même sur le défilé de Mame fagueye lors du Festival des divinités noires. En 2013 j’ai été au concours top Models FIMA, avec le chorégraphe de mode et Model manager ZK. À ce concours, j’ai eu le deuxième prix. Il y a eu plein d’autres défilés, mais je m’en arrête là, pour ne pas étaler mon CV lol.

Cela fait combien d’années que tu défiles ? Qu’est ce qui t’a décidé à continuer dans ce métier ?

Cela fait 9 ans que je défile, plusieurs raisons m’ont amené à continuer. Mes premiers voyages professionnels, le désir de me faire un circuit à travers le mannequinat pour parvenir à mon plus grand rêve le Cinéma. La lecture de la biographie de mon idole Djimon Hounsou, tout ça m’a renforcé dans mon but ultime.

Ronald AGBAZAGAN : Black and Classy!

Je veux suivre les traces de Djimon HOUNSOU, Angélique KIDJO, Gilles LOUEKE et d’autres grands noms d’artistes béninois qui ont fait connaître le BENIN à travers le showbizz, la culture. Après mon bac, j’ai voulu faire la réalisation cinéma à ISMA et suivre des cours d’acting. Mais les parents ont refusé et pour ne perdre de vue mon objectif, je me suis consacré au mannequinat d’abord.

Qui fait un mannequin, Qu’est ce qui fait un mannequin ?

Celui qui fait un mannequin c’est son agent. Être signé dans une agence de renom, vous permettra d’avoir du job et de vous faire connaître. Quand vous avez un vrai agent qui connait le système, qui a les bonnes relations et une certaine expérience, cela peut vous emmener loin.

Les grands concours comme Elite model look, vous permettent également de vous faire découvrir ou encore les photographes de renom. Mais le vrai boulot, se fait par un agent doué. Si vous voulez avoir du succès dans votre carrière, trouvez vous un bon agent !

Ronald AGBAZAGAN : Black and Classy!

Qu’est ce qui fait un mannequin ? Je dirai c’est: son talent, sa morphologie, sa structure faciale, sa photogénie, son allure, sa silhouette, son teint. Tout dépend du type de model que vous voulez être.

Les agences et toi, tu nous raconte un peu ?

Pratiquement dix ans que je suis dans ce milieu, j’ai véritablement signé avec deux agences ISIS Models au Nigéria et TWENTY Model management à Cape town en Afrique du Sud.

A mes débuts, je n’étais pas dans une agence. Après j’ai travaillé avec John Médard, mais je n’ai pas signé avec lui. J’ai travaillé longtemps aussi avec Modela au Nigéria et c’est d’ailleurs lui qui m’a fait découvrir le milieu à Lagos, où je me suis fait des contacts.

Grâce à ces contacts, j’essayais d’avoir les informations sur les castings et j’y allais. En fait, j’ai toujours voulu être dans la réalité des choses. Je ne voulais pas juste m’en tenir aux belles promesses et aux rêves que nous font miroiter les agences de mannequinat.

Il y a trop de rêves vendus dans ce milieu ! Il faut être vigilant, sinon tu perds tout ton temps et ton argent sans vraiment avancer. Moi je me suis très tôt cherché mon chemin. J’ai cru en mon rêve et j’y crois toujours, puisque je n’y suis pas encore arrivé. Néanmoins, chaque pas en avant que je fais, me donne le courage de rester focus et de foncer.

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Raconte nous ton plus beau souvenir de scène…

Je suis toujours marqué par chaque défilé, j’apprends toujours de chacun d’eux. Le défilé qui m’a le plus marqué à ce jour, c’est ma première Lagos fashion and Design Week (LFDW) en 2014. C’était la première fois que je défilais sur un podium rectangulaire avec des spectateurs au milieu. C’était exactement comme je le voyais à la télé lors des fashions week de Paris, Milan, New York).

Le défilé s’est tenu sur quatre jours et chaque soir après le défilé, on pouvait télécharger nos photos sur internet. Le jour suivant, on pouvait aussi voir nos photos sur une brochure distribuée sur les chaises des spectateurs. Le décor à l’entrée de la salle était sublime. Le backstage était tellement grand et super éclairé (plus éclairé que les podiums de nos défilés locaux ).

Il y avait toute une équipe à nos soins. A la deuxième soirée, quand j’ai fini mes passages et que je suis rentré dans la salle pour regarder le défilé, j’ai fondu en larmes en voyant tout le matériel déployé: (les lumières, les caméras, les grues, plus d’une vingtaine de photographes, le son). J’étais tout simplement ébahi. I told myself this is it.

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Justement, cette année encore tu représentais le Bénin au Lagos Heineken and design fashion week (LFDW). Qu’est-ce que ça te fait à chaque fois d’être le seul béninois là bas ?

Cela fait trois ans que je participe à la LFDW. Je ne dirai pas que je représente le BENIN, mais plutôt que je suis un model Béninois qui participe à cette fashion week.

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La LFDW n’est pas un festival comme le FIMA, où on retrouve plusieurs mannequins de différentes nationalités africaines. C’est un événement pour les Nigérians et c’est déjà très difficile même pour un model nigérian d’être sélectionné pour ce show. Ceci, à cause du nombre pléthorique de mannequins présents au casting. Il y a jusqu’à à 1500 models, et c’est seulement 50 à 60 models qui sont sélectionnés au final.

Les mannequins des autres nationalités qui participent à ce défilé sont le plus souvent résidants au Nigéria ou sont signés dans une agence au Nigéria. Les deux premières fois où j’ai participé au LFDW, j’étais signé chez ISIS Models. Je quittais Cotonou tôt le matin pour être au casting à 9h, je n’avais pas de Booking en ligne.

Il est vrai je suis fier de moi par rapport aux efforts personnels que je fournis pour être sur certaines fashions weeks à l’international. En ce qui concerne la LFDW, je ne me retrouve pas être le seul mannequin béninois, mais à ma connaissance le seul mannequin francophone sur ce show.

Cela n’est pas pour autant une satisfaction, je souhaiterais vivement être avec mes collègues béninois ou ceux d’autres pays francophones de la sous-région.

En Afrique francophone, l'industrie de la mode n'est pas suffisamment prise au sérieux. Cliquez pour tweeter

Nous avons pourtant un potentiel énorme; on devrait mieux s’organiser malgré nos maigres moyens, respecter les critères pour nous faire accepter et nous imposer dans leur sphère.

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Comment expliques-tu donc le manque de visibilité des mannequins béninois sur la scène internationale ?

Le manque de visibilité des béninois sur la scène internationale est dû à deux principaux facteurs à mon avis: la mauvaise gestion du plan de carrière des mannequins par les agences, le manque d’audace et de détermination des mannequins eux mêmes pour se promouvoir hors de nos frontières.

Cependant on ne dira pas qu’il y a une quasi absence des mannequins béninois sur les T internationaux, mais le nombre est très peu. Je peux citer en exemple ceux ma génération et que je connais vraiment: Inès AYEOU, Fawaz AMOUSSA, Brice AZANLIN et Seth ADAM, qui poursuit toujours le combat à New-York actuellement.

C'est compliqué de survivre dans la mode, c'est une jungle! Cliquez pour tweeter

Qui soutient les mannequins au Bénin ? Surtout lorsque vous devez voyager, pour défendre les couleurs nationales à l’extérieur ?

Malheureusement, à ma connaissance personne ne soutient vraiment les models béninois. Et pour ce qui est des représentations de notre pays à l’extérieur, pour les concours de top models il n’y a pas non plus de soutien.

Il y a de nombreux concours top models en Afrique de l’ouest pour lesquels je vois mes collègues du Ghana, du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et autres qui sont nominés. Mais aucun Mannequin béninois!

À mon avis, les organisateurs de ces concours ne voient pas du professionnalisme dans ce que nous faisons au BÉNIN, raison pour laquelle nous sommes tout simplement oubliés. Normalement, un tel soutien devrait venir du Ministère an charge de la Culture.

Apparemment, ces structures étatiques ne reconnaissent qu’en partie la musique et le cinéma comme les seuls arts dignes d’être financés par le gouvernement.

Il faut aussi dire qu’ici, le secteur de la mode n’a pas vraiment des associations représentatives, pour qu’on puisse jouir de l’aide de l’Etat. Heureusement, certains acteurs se mobilisent pour mettre en place une fédération de la mode béninoise. Le processus est en marche et donc des associations sont entrain d’être créées au niveau de chaque corps de métier.

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Qu’est ce qui manque sur les podiums nationaux (les choses que tu vois aux défilés étrangers et qu’on n’a pas ici) ?

De nombreuses choses manquent à nos défilés nationaux, en priorité deux choses par rapport à la logistique: le podium et la lumière. Nos podiums sont mal faits et ne correspondent plus aux standards internationaux.

À l’international, on n’utilise plus les podiums en hauteur mais plutôt des podiums à ras le sol au plus 15 cm du sol. Cela permet au public d’être en contact direct avec les mannequins et surtout d’apprécier les détails des tenues présentées. Les lumières n’en parlons même pas !

Ronald AGABAZAGAN, black and classy

L’éclairage est assez mauvais et ne permet pas aux photographes de faire de bons shoots. Résultat, les mannequins n’ont pas des photos de leurs défilés pour se vendre, les designers non plus pour assurer la promotion post évent de leur travail. Je ne sais pas si ce manque est dû à un déficit budgétaire chez les promoteurs ou si c’est parce que n’avons pas le matériel sur place.

En dehors de ces deux choses prioritaires, il y a la ressource humaine qui concourt à une réussite presque parfaite de l’événement. Je veux citer par exemple dans les backstages: les habilleuses, les photographes de backstage, les prothésistes ongulaires, les make up artists, les stylishs, bref la liste est assez longue. Il est vrai nous ne sommes pas encore au niveau de ces grandes capitales de mode; mais essayons déjà un tant soit peu, de faire évoluer les choses.

L’autre chose sur laquelle j’aimerais attirer l’attention de notre public et des promoteurs, c’est qu’un défilé de mode n’est pas un spectacle de distraction comme un concert, du théâtre ou du cinéma. Il faut qu’on en vienne à développer le business side du fashion show au Bénin.

Ronald AGABAZAGAN, black and classy

Quel est le processus pour qu’un mannequin intègre un évènement (au Bénin et à l’extérieur) ?

Le processus pour qu’un mannequin participe à un défilé est très simple. Il va au casting et si les recruteurs le retiennent, il fera son défilé. Mais malheureusement tel n’est pas le cas sous nos cieux, les rapports de copinage ont compliqué les choses. On préfère choisir le mannequin selon les affinités, même si ce dernier ne répond pas aux critères requis. De ce fait, on assiste à des fashion shows où la prestation des mannequins est mauvaise.

L’information sur les castings est centralisée au niveau d’une minorité qui se veut être la meilleure et qui monopolise le secteur. Pire, des chefs agences refusent catégoriquement à leurs mannequins d’aller à des castings si ils ne sont pas associés à l’organisation de l’événement. Quand on sait que nous n’avons pas assez de défilés de mode au Bénin, c’est aberrant !

Comment veulent t-ils faire travailler leurs models ? Dans les grandes capitales de mode, un mannequin en une journée peut enchaîner plusieurs défilés à la fois. C’est même tout cela qui concourt à son professionnalisme et lui permet de se faire de l’argent.
Je parlais tantôt de l’accès à l’information sur les castings; ailleurs quand il y a un défilé de mode (et si ce n’est pas un défilé privé), l’information parvient à tout le monde. On informe les agences de mannequinat, les mannequins en freelance; même ceux qui ne sont pas disponibles, peuvent envoyer leur Z card (carte professionnelle des mannequins). Ainsi, les recruteurs ont un choix assez large.

Ronald AGABAZAGAN, black and classy

J’aimerais attirer l’attention de mes collègues mannequins sur un fait, le mannequin n’est pas l’employé de son agence, c’est plutôt l’agence qui travaille pour lui. Donc chers collègues, arrêtez de vous faire intimider par les chefs d’agence et managers. Mais attention je ne dis pas d’être irrespectueux et mal polis envers eux. Si vous êtes talentueux, professionnels et que vous savez vous tenir, avec la persévérance les portes du succès vont s’ouvrir.

Comment t’habilles tu en général ? Qui influence ton style ?

Cela peut paraître bizarre, mais je n’ai pas un style vestimentaire qui permettrait de m’identifier. Je suis mannequin, mais je ne suis pas friand de code vestimentaire. Quand je veux sortir de chez moi, je m’assure d’être à l’aise et beau dans mes vêtements. En général, un jeans, tee-shirt ou chemise et quelques accessoires (montres, bracelets, lunettes). Après, ça dépend aussi de là où je vais. Ce qui est sûr, j’aime le sur mesure qui permet de mettre mon plastique en valeur. J’aime aussi les jolies boucles d’oreilles, ce qui n’est pas bien vu dans notre société.

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J’ai lu dans un article sur comment devenir un acteur de cinéma que: “quand on veut devenir un prince, il faut commencer à marcher comme un prince”. Depuis, je me permets de porter mes boucles d’oreilles partout, que ce soit dans un cadre administratif ou familial.

Si il y a une chose que je retiens de cette interview, c’est que le travail bien fait, paie toujours.

L’humilité, le respect de soi-même et des autres également. Ronald, est le genre discret et plein de rêves pour le Bénin. Il lance d’ailleurs le premier workshop béninois à l’attention des mannequins aspirants et professionnels: le 229 Models Workshop. Vous pourrez avoir plus d’infos sur cet évènement ici.  En attendant, restez vous-mêmes et soyez fous, soyez libres!

Ronald AGABAZAGAN, black and classy

Photographe: Oronce H Photography

Direction artistique: Estelle Gloria

Lieu: Ouidah (République du Bénin)

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